Fig 1 : représentation graphique des génotypes de 39 L. edwardsi (jaune), 22 L. hatinhensis (bleu)

et 22 L. swinhoii (blanc). Le point jaune isolé entre les nuages de L.edwardsi et L.hatinhensis

correspond au mâle sauvage de faisan d’Edwards détenu au Zoo de Hanoi

Faisan d’Edwards : le point


 

Alain Hennache


 

Analyses ADN : les derniers résultats


 

Une nouvelle série d’analyses ADN, subventionnée par l’EAZA, a eu lieu au printemps 2015 dans le cadre du programme de conservation du faisan d’Edwards. Elle a concerné les échantillons de plumes de 20 faisans d’Edwards issus de la population captive européenne (qui s’ajoutent donc aux 20 précédents analysés en 2014), 20 faisans du Vietnam issus aussi d’oiseaux européens (qui s’ajoutent aussi aux deux de 2014) et 20 faisans de Swinhoe dont cinq proviennent du parc zoologique de Pékin 1. Le but était

1) d’affiner la recherche des microsatellites

2) d’étudier les structures de population et

3) de vérifier si la méthode permettait à coup sûr de détecter les hybrides, notamment avec le faisan de Swinhoe.

Les résultats obtenus sont encourageants.

  1. Un nouvel hybride Edwards X Swinhoe a été détecté. L’ECBG et l’EAZA vont utiliser le studbook et les registres de l’ECBG pour rechercher tous les oiseaux apparentés et les exclure du programme.

  2. trois faisans du Vietnam ont un haplotype (cyt b)2 différent de tous les faisans d’Edwards et de tous les faisans du Vietnam 3.

  3. la population captive de faisans d’Edwards montre une hétérozygotie4 et un nombre d’allèles supérieur à ce que 90 ans de captivité permettaient de penser.

  4. une quinzaine de microsatellites est utilisable pour l’étude des structures de population.

  5. l’analyse des structures de population montrent que les trois taxons sont bien différenciés, le faisan de Swinhoe étant nettement séparé des faisans d’Edwards et du Vietnam, assez proches l’un de l’autre5. Un faisan d’Edwards sauvage se situe à mi-chemin entre les faisans d’Edwards et du Vietnam (graphique 1).

  6. Deux faisans de Swinhoe montrent des traces anciennes d’hybridation avec des faisans d’Edwards.

  7. Ces analyses ont permis de dresser des tableaux de parenté entre tous les individus analysés et donc d’envisager une gestion scientifique de la population de faisans d’Edwards.

Une nouvelle série d’analyses devrait avoir lieu et concernerait des faisans d’Edwards d’origine japonaise, des faisans du Vietnam détenus au Zoo de Hanoi et quelques hybrides edwardsi X hatinhensis résultant des croisements expérimentaux actuellement en cours.


 

Une observation de faisan d’Edwards ?


 

Récemment, a circulé le bruit qu’un faisan d’Edwards aurait été aperçu dans le Parc National de Bach Ma le 1e mai 2009. Cette observation émanerait d’un jeune naturaliste visitant ce parc, John Hodges, qui venait juste de ranger son appareil photo en raison de la pluie, quand le volatile a traversé la route à 15-20m de lui. Aucune photo ne peut donc corroborer cette observation qui reste sujette à caution pour plusieurs raisons. Pourquoi attendre 6 ans pour le faire savoir ? la confusion est facile à faire avec d’autres espèces de faisans surtout pour les femelles ; il est curieux qu’un visiteur occasionnel observe un faisan d’Edwards alors que le personnel présent sur place depuis des années n’en a jamais vu un seul. Le fait a toutefois était rapporté au directeur du Parc de Bach Ma afin que des caméras automatiques puissent être installées.

Saisie de faisans d’Edwards au Cambodge


 

Cinq faisans d’Edwards (un mâle et quatre femelles) ont été confisqués au Cambodge par une patrouille de « Wildlife Rapid Rescue Team » (WRRT) chargé du contrôle de la circulation de la faune sauvage à l’intérieur du Cambodge. Ils faisaient partie d’un groupe d’animaux en transit6 et ont été placés en quarantaine au centre de soins de de Phnom Tamao situé non loin de Phnom Penh. Ces oiseaux étaient apparemment en transit de la Thaïlande vers le Vietnam et trois d’entre eux sont bagués, suggérant une origine captive. Des prélèvements de plumes ont été effectués par Jonathan Eames (BirdLife International); leur analyse ADN devrait permettre de savoir s’il est intéressant de les inclure dans la population captive contrôlée par l’ECBG et l’EAZA mais il est probable que leur origine est européenne même si leur élevage a été effectué en Thaïlande. Il serait par contre intéressant de savoir à qui ils étaient destinés au Vietnam. WPA Allemagne a approfondi l’enquête vu que les numéros de bagues renvoyaient à un éleveur thaïlandais d’origine allemande. Il en ressort que ces faisans feraient partie d’un lot important d’animaux (plusieurs centaines) transportés par KLM des Pays Bas vers la Thaïlande où il existe plusieurs éleveurs de galliformes.


 

Un plan d’action pour le faisan d’Edwards


 

Le groupe de travail vietnamien pour le faisan d’Edwards a élaboré, en concertation avec des experts occidentaux, un plan d’action pour la conservation du faisan d’Edwards pour la période 2015-2020 avec projection à l’horizon 2030. Ce plan se décline en quatre points principaux :

  • Une protection et une gestion des sites forestiers les plus adaptés à la conservation du faisan d’Edwards, incluant notamment : un renforcement de la réglementation pour le braconnage et le bûcheronnage illégal ; la coopération des communautés vivant dans ou à proximité de ces sites.

  • Un élevage de conservation visant à produire, en une ou deux générations en élevage naturel, des oiseaux aptes à la réintroduction.

  • Une recherche visant : à sélectionner des oiseaux purs après analyses ADN ; à mieux connaître les exigences écologiques du faisan d’Edwards ; à décider s’il s’agira de réintroduction ou de renforcement de population.

  • Une campagne d’information, de sensibilisation et de mobilisation, destinée entre autres à lever des fonds pour soutenir ce programme.

 

 

Réunion de concertation pour la conservation du faisan d’Edwards


 

Une réunion, le 2 septembre à Chard (Angleterre) à laquelle participaient des représentants de la WPA (ECBG), de l’EAZA et du Whitley Wildlife Conservation Trust (Ludo Pinceel, Heiner Jacken, Stewart Muir7, Go Gregson8, John Corder et Alain Hennache) a permis de dégager des priorités pour la conservation du faisan d’Edwards et plus spécialement sa réintroduction au Vietnam. Stewart Muir et Alain Hennache devraient visiter le Parc National de Cuc Phuong (Vietnam) en Mars 2016 afin d’y étudier les possibilités d’élevage du faisan d’Edwards.


 

1 Donc à priori différents des faisans de Swinhoe européens

2 L’haplotype correspond à l'ensemble des gènes situés sur un même chromosome : les analyses portent ici sur les gènes mitochondriaux codant pour le cytochrome b

3 Rappelons que les analyses ADN effectuées jusqu’ici ont toujours montré que les faisans d’Edwards et les faisans du Vietnam captifs en Europe avaient le même haplotype. Ce résultat prouve qu’il en existe au moins un autre haplotype en Europe.

4 Le taux d'hétérozygotie fournit une bonne estimation de la variabilité génétique de la population

5 Il est normal de trouver des génotypes différents pour les populations d’Edwards et d’hatinhensis car elles sont séparées depuis 80 années de captivité et proviennent probablement de régions différentes au Vietnam.

6 2 espèces de aras, des phalangers et des reptiles.

7 Cuc Phuong National Park

8 Paignton Zoo Environmental Park

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