L'élevage du faisan d'Edwards

     Le faisan d'Edwards est l'une des espèces les plus rustiques parmi les gallofaisans, avec le faisan argenté. Il ne craint pas le froid et peut parfaitement passer l'hiver dehors, sous climat tempéré, pourvu qu'il dispose d'un abri, pas obligatoirement chauffé, mais qui le protège des fortes intempéries.
    Une volière de 15 m² suffit à l'entretien d'un couple. Le sol doit être bien drainé et planté, arbres et arbustes permettant souvent à la femelle, voire aux jeunes, d'échapper aux trop fortes ardeurs du mâle pendant la période de reproduction. De plus ces oiseaux aiment se cacher dans la végétation basse, comme les bambous nains par exemple. N'oublions pas qu'il s'agit d'une espèce vivant dans une végétation dense, comprenant des fourrés souvent impénétrables. Il existe des exemples d'élevage en liberté, bien que nous ne l'ayons jamais tenté à Clères pour cette espèce. Un éleveur connu, Keith Howman, actuel président de la World Pheasant Association, a ainsi gardé pendant des années des Edwards en semi liberté dans sa propriété au nord de l'Angleterre.
    Ordinairement, bien que nous ne connaissions rien de la structure sociale à l'état sauvage, les faisans d'Edwards s'élèvent en couple. Il existe cependant des exemples de trios qui reproduisent depuis des années, au zoo de Tokyo par exemple. Si la formation du couple est facile avec des jeunes animaux, elle s'avère beaucoup plus difficile dans le cas d'adultes, le mâle étant généralement très agressif envers sa nouvelle compagne, surtout si on introduit la femelle dans la volière du mâle. Le mieux, dans ce cas, est d'opérer dès la fin de période de reproduction, en été, pendant la mue des oiseaux. Si l'appariement doit être réalisé tardivement, peu avant la saison de reproduction, il faut retirer le mâle de la volière et laisser la femelle s'habituer à son nouvel environnement pendant un certain temps. En cas de comportement agressif du mâle, il est toujours possible de lui couper les rémiges primaires d'une aile, de façon qu'il ne puisse pas suivre la femelle lorsqu'elle se perche à une certaine hauteur. Cette dernière rejoindra alors le mâle lorsqu'elle le désirera.
    L'alimentation est constituée de granulés pour faisans auxquels on ajoute un peu de verdure de fruits et de graines.
    Les faisans d'Edwards se reproduisent assez tôt. Le mâle parade dès les premiers beaux jours, fin janvier, début février, poussant quelques cris brefs, faisant vibrer ses ailes et érigeant sa huppe. Mais les premières pontes ne surviennent que dans la dernière décade de mars pour les femelles adultes et en avril pour les jeunes femelles, en Europe tout du moins. La poule pond très bien dans des cageots disposés au sol, dans un coin de l'abri, et recouverts d'un toit sommaire destiné à la cacher de la vue du mâle. Si elle ne dispose pas de nichoir, elle s'aménagera un nid au plus épais de la végétation ou au pied d'un arbre. Attention, si les oiseaux ne disposent ni de nichoir ni de végétation, il existe de grands risques pour qu'ils dévorent les œufs et, dans ce cas, une fois l'habitude prise, il y a peu de chances de la leur faire passer.
    Les femelles ne pondent généralement qu'à l'âge de deux ans, bien qu'il existe des exemples de poule ayant pondu à un an, de deux à 14 œufs, ce qui pourrait exprimer une certaine domestication de l'espèce (Hennache 1997). La fertilité maximale est atteinte à l'âge de quatre ou cinq ans, avec une moyenne de 11 œufs par femelle en cas de retrait des oeufs. Au delà de dix ans, le volume de ponte est généralement plus faible. L'intervalle de ponte est de 24 à 36 heures.
    En cas d'élevage artificiel et de retrait des œufs, la femelle peut effectuer plusieurs pontes. La deuxième est assurée, et parfois aussi une troisième dans 25% des cas, mais de volume plus faible (5% du total de la ponte, Hennache 1997). L'intervalle inter-ponte est marqué puisqu'il varie de neuf à 21 jours, avec une moyenne de deux semaines. Le taux de fécondation est maximal à l'âge de quatre ans, quel que soit l'âge du mâle et dans le cas de couple non consanguin ou, au moins, réputé comme tel. En cas d'élevage naturel, la poule ne fait qu'une seule ponte, de quatre à dix œufs, avec une moyenne de 6,9 œufs par femelle (Hennache 1997).
    L'incubation est de 23 jours. La poule Edwards couve assez facilement et élève ses jeunes sans trop de problèmes, bien que la mortalité en cours d'élevage naturel reste élevée, 70% d'après Hennache (1997). Cette mortalité est liée à la qualité des installations, à l'agressivité du mâle qui peut tuer les jeunes et aux conditions atmosphériques des mois d'avril et mai. Si certains mâles sont très agressifs envers les poussins et doivent être séparés pendant la période d'élevage, d'autres se montrent excellents pères, défendant poule et progéniture. Dans ce cas il conviendra de surveiller le comportement du mâle vis à vis d'autres espèces partageant la même volière : nous avons l'exemple d'un mâle qui, pour défendre sa famille, a tué deux pigeons nicobar et un canard à ailes blanches en peu de temps...
    L'incubation artificielle est facile et doit être réalisée à 37,6°C et 50-55% d'hygrométrie. L'élevage artificiel des jeunes ne pose pas non plus de problème en les nourrissant avec une semoulette 1 âge pour faisandeau ou dindonneau, à laquelle on ajoutera progressivement un peu de verdure et des graines.
  Les faisans d'Edwards ne sont pas très sensibles aux maladies et peuvent vivre une vingtaine d'années, surtout les mâles, avec un record à 22 ans dans le studbook international, mais les femelles sont sujettes à la gynandrie (masculinisation) à partir de six ou huit ans.
    Comme pour tous les faisans, il convient de les vermifuger au moins deux fois par an.


par Alain Hennache
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Pour en savoir plus

MONOGRAPHIE DES FAISANS

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