L'élevage du lophophore resplendissant

  Nous ne parlerons ici que du lophophore resplendissant Lophophorus impejanus, les deux autres espèces Lophophores de Lhuys et de Sclater L. lhyuisii et L. sclateri ne se rencontrant pas en captivité, du moins en Europe.
    Le lophophore resplendissant est l'un des faisans les plus populaires après les tragopans. Ses brillantes couleurs, sa facilité d'élevage et son caractère peu agressif en sont probablement la cause. C'est la seule espèce de lophophore qui a été régulièrement importée, d'abord au milieu du 19 siècle puis entre les deux guerres mondiales. La population captive, bien qu'en déclin à la suite de l'évolution de la législation, est relativement importante.
    C'est une espèce rustique supportant bien les hivers européens mais par contre assez sensible à la chaleur ou à l'humidité stagnante.

    Les lophophores peuvent être gardés soit en couple, dans des volières de taille modeste (20 à 25 m²), soit en trio ou groupes (1 mâle pour plusieurs femelles) dans des volières plus grandes, soit en semi-liberté, comme les paons, dans un grand parc. Dans ce dernier cas, au contraire des paons, il est impératif de les éjointer, ou de leur poser une entrave alaire, pour éviter qu'ils ne sortent de la propriété. Même éjointés, les lophophores se perchent la nuit, dans les arbres, pour dormir. Grâce à leur pattes puissantes et à leurs rémiges secondaires et tertiaires bien développées, ils sont capables d'atteindre les branches les plus basses, puis de grimper, par sauts, jusqu'en haut de l'arbre.

    Parallèlement à notre couple reproducteur, gardé en volière classique de 4m x 7m, nous avons tenté d'établir, à Clères, depuis 1997, une population en semi-liberté dans le parc de 12 hectares. Ce groupe, qui compte aujourd'hui une quinzaine d'individus et qui semble bien implanté, nous a permis d'infirmer ou de confirmer certains comportements décrits dans la littérature. Bien que piocheurs indéniables, les lophophores n'ont pas dégradé les parterres ou pelouses, leur préférence allant plutôt aux litières de feuilles ou de sols meubles, se contentant parfois de déterrer un ver de terre dans une pelouse. Par contre l'un des mâles en liberté a pris la fâcheuse habitude de rejoindre les abords de la volière du couple reproducteur, dès avril, où il creuse infatigablement la limite extérieure du grillage enterré…Malgré ce que Delacour (1983) en a dit, nous gardons sans problème plusieurs mâles (5 adultes actuellement) ensemble dans le parc, chacun semblant éviter son congénère. L'élevage en semi-liberté n'est pas la méthode habituelle d'élevage des lophophores. Généralement ils sont gardés par couple, en volière. Le sol doit être parfaitement drainé. Les lophophores ayant l'habitude de piocher avec leur bec, il faudra tout particulièrement veiller au raccord des grillages de clôture avec le sol, le mieux étant soit de les enterrer sur au moins 30 cm de profondeur, soit de les attacher à un muret en dur (parpaings, béton, etc.). De même, les racines de toute végétation arbustive seront exposées au bec des lophophores. Il faut donc les protéger, par des plaques ou des dalles par exemple. Le sol de la volière peut être naturel ou couvert de sable ou d'écosol. Si la volière est petite, inutile d'engazonner le sol, car celui-ci sera irrémédiablement détruit. Par contre des rochers, des troncs ou des grosses branches d'arbres peuvent servir de perchoirs.
    Cette espèce étant résistante au froid il est inutile de prévoir un chauffage hivernal mais un abri rustique muni de perchoirs permettra de placer la nourriture au sec et aux oiseaux de s'abriter des fortes intempéries.
    Le régime alimentaire est varié, les lophophores étant omnivores. Un granulé d'entretien pourra constituer la ration de base à laquelle on ajoutera un peu de blé, de la verdure, de la carotte et de la pomme.
    L'appariement de jeunes animaux (12 à 18 mois) ne pose pas de problèmes. Par contre il est parfois délicat d'apparier des adultes, les mâles pouvant se révéler turbulents et un peu agressifs envers les femelles. Il faut impérativement constituer le couple en dehors de la saison de reproduction, le mieux étant pendant la mue (juillet- septembre) ou à l'automne (octobre-décembre) et surveiller le comportement pendant les premiers jours. Eviter aussi d'accoupler une femelle à un mâle plus âgé. L'inverse est préférable. Enfin il faut aussi éviter d'introduire une femelle avec un couple constitué afin de faire un trio. Dans ce cas non seulement la nouvelle arrivante peut être tuée par la femelle accouplée mais le mâle peut s'attaquer à sa propre femelle. Il faut constituer le trio dès l'installation en volière. Une méthode possible est de se procurer des oiseaux non appariés et le les mettre ensemble juste après un transport en caisse, le transport étant toujours déstabilisant pour les faisans.
    Le mâle peut se montrer agressif envers la femelle au moment de la reproduction même dans un couple qui n'a jamais posé de problèmes pendant des années, surtout si la poule n'est pas prête. Il est donc important de planter la volière avec des arbustes qui constitueront des caches éventuelles.
    La femelle pond au sol, généralement dans un trou qu'elle a creusé, au pied d'un rocher ou d'un arbuste, ou dans un nichoir, simple cageot disposé dans un coin de l'abri. Dans le cas du nichoir il sera prudent de disposer une plaque en toiture afin de dissimuler la femelle au regard du mâle. La ponte, de 4 à 8 œufs, débute fin mars- début avril.
    Il est possible de laisser la poule couver et élever ses jeunes, mais l'incubation artificielle, à une température de 37°8 et 50% d'hygrométrie, ainsi que l'élevage des jeunes, ne posent aucun problème. Ceux-ci peuvent être nourris à l'aide d'aliments composés du commerce, auxquels on ajoutera, vers 5 semaines, un peu de salade et de pomme. Les jeunes lophophores peuvent rester ensemble jusque l'âge de 18 mois.
    Comme toutes les espèces montagnardes, les lophophores sont sensibles à l'aspergillose. Mais leurs habitudes de piocheur les exposent aussi aux parasites, vers ronds ou plats. Une vermifugation régulière est donc souhaitable.
    C'est une espèce facile à garder en captivité, à conseiller aux débutants.


par Alain Hennache
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Pour en savoir plus

MONOGRAPHIE DES FAISANS

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